• Ce qu’embarquent les coureurs pour leur traversée
  • Un lien avec les proches plus qu’un porte-bonheur
  • Deux tendances opposées entre sentimentaux et rationalistes

A chaque départ de course au large, c’est toute une ménagerie qui embarque aux côtés des navigateurs solitaires : peluche porte-bonheur, objet rappelant les liens avec la famille ou les proches, la Mini Transat îles de Guadeloupe n’échappe pas à la règle. Même si certains coureurs, tout à leur chasse au poids, n’envisagent pas un instant de s’embarrasser d’un quelconque objet superflu…

Lizzy Foreman S633 Hudson WightLizzy Foreman S633 Hudson Wight © Mini Transat Îles de Guadeloupe 2015

A quelques jours du départ de la Mini Transat îles de Guadeloupe, la pression commence à monter autour des pontons. Les programmes commencent à se densifier entre baptêmes des bateaux, briefings de la direction de course et derniers contrôles techniques. Ce matin, c’était à Carl Chipotel de baptiser son Pogo 2, Gwadloop !!! en confiant à sa fille de six ans, Celia, le soin de briser la bouteille (de rhum évidemment) à l’étrave. Sur le quai, dans la tente de la Région Guadeloupe, on mettait la dernière main à l’ouverture quotidienne de la boutique, proposant divers produits des Caraïbes, des traditionnelles épices aux bananes de Guadeloupe en passant par les incontournables bouteilles de rhum dont celles de notre partenaire Longueteau (à consommer évidemment avec modération).

Superflu ou indispensable ?

A bord des Minis, on commence à peaufiner les derniers détails. Les bateaux devant être en configuration course, ce mercredi soir, les skippers n’ont, le plus souvent, que quelques bricoles à terminer pour être fin prêt. C’est le moment idéal pour se recentrer sur l’accessoire, les points de détail qui, sans être déterminants pour la bonne marche du bateau, seront parfois d’une aide psychologique précieuse. Certains n’envisagent pas de partir sans l’objet fétiche qui accompagne toutes leurs navigations depuis des années, d’autres remettent au goût du jour des traditions séculaires et ce, même si la grande majorité des navigateurs déclare céder aux sirènes du rationalisme et se concentrer sur la chasse aux poids.
Pour beaucoup de navigateurs, la Mini Transat îles de Guadeloupe va s’assimiler à une sorte de bizutage, d’apprentissage de la solitude en haute mer, du règne du « démerde-toi ». Partagés entre les liens qu’il est nécessaire de couper le temps de la traversée et l’envie de conserver au chaud l’image des proches, plusieurs navigateurs optent pour une photo collée sur une cloison, un petit mot d’encouragement écrit au feutre sur la façade du cockpit… Mais ils sont de plus en plus nombreux à déclarer se passer de tous ces souvenirs jugés plus parasites qu’autre chose : on attendra l’arrivée à Lanzarote ou en Guadeloupe pour renouer les liens.

Mieux vaut prévenir…

Bien évidemment, il y a les irréductibles, ceux qui n’envisagent pas d’embarquer sans leurs peluches fétiches, leurs gri-gris ou bien encore sans avoir sacrifié à certaines traditions issues des temps anciens. Nacho Pastigo (Vamos, Vamos), s’il n’a pas prévu d’embarquer d’objets particuliers, n’a pas omis de se conformer à la tradition qui voulait, du temps de la marine en bois, que l’on place sous le pied de mât une pièce de monnaie pour conjurer le mauvais sort.
A rebours d’autres emmènent une véritable ménagerie à bord comme Nikki Curwen (Go Ape – Live life adventurously) qui embarque à ses côtés King Louis, son singe, Tucker la tortue et Howie l’hippopotame. De quoi alimenter les conversations pendant les longs bords solitaires de la deuxième étape. Mathieu Bourdais (Tous au Large), a hérité d’un couple d’acrobates magnétiques représentés par un singe et un koala. Se rajoute ensuite, un Minion en mousse dont son skipper ose affirmer qu’il n’a pas d’autre intérêt que de pouvoir être imbibé d’eau et participer au matossage du bateau. Certains tentent de mettre en accord ce besoin irrépressible d’une présence à bord avec les caractéristiques de leur partenaire. Ainsi Charly Fernbach (Le Faufiffon Hénaff) a-t-il jugé bienséant de prendre comme équipier de bord… deux cochons en peluche.
Mais la palme revient sans conteste à Nicolas d’Estais qui installera son animal fétiche, Jimmy le lapin, à bord. Comme quoi certains n’ont peur de rien, Dieu merci.

Ils ont dit :

Charly Fernbach (Le Fauffiffon Hénaff) : embarque deux cochons Hénaff en peluche
« Au départ je cherchais des goodies pour les mettre en scène dans des vidéos, j’ai trouvé ces cochons rigolos. De retour chez moi, mes filles les ont immédiatement adoptés ! Ce sont leurs doudous, elles dorment avec, elles les chargent de rêves et, quand je pars en course, elles me les prêtent, c’est le deal et là c’est magique parce que, comme ce sont devenus les doudous de mes filles, ils me transmettent une grosse énergie, ça donne la patate ! »

Lizzy Foreman (Hudson Wight) : embarque Yoshi un dinosaure et un renard
« Quand j’étais petite, j’étais une grande fan de Mario, le jeu… Du coup, Yoshi c’est la récompense si je réussis à terminer le jeu ! Sur la transat ça va m’aider à terminer le jeu aussi. Et le renard, c’est parce que j’adore le Petit Prince. »

Edouard Golbery (Les Enfants du Canal) : une paire de vieux gants de boxe
« C’est mon entraineur de boxe qui me les a donnés quand je lui ai expliqué que je partais sur la Mini Transat, pour me motiver, « parce qu’il n’y a pas qu’en bateau qu’on en chie ! » (en boxeur dans le texte) , pour que je garde ma combativité jusqu’au bout. Ce sont deux sports très différents, l’un est explosif, l’autre demande beaucoup d’endurance, mais j’y crois à ce grigri. »

Mathieu Bourdais (Tous au large) : un koala et un singe magnétiques acrobates et Dave, le Minion
« J’adore ce truc ! J’en ai offert à plein de monde à un moment donné. Ça s’est donc assez naturellement retrouvé à bord. Ils s’adaptent à toutes les situations de gîte du bateau, ils sont à leur place à bord ! Et puis, il y a Dave, avec ses grands yeux… j’ai un peu peur de tomber sur lui et de lui faire mal. »

Ministes, anges gardiens

Ils sont 6, pour 72 Mini. Ils ont chacun 12 solitaires à leur charge : ce sont les bateaux accompagnateurs de la Mini Transat île de Guadeloupe. Leur mission, c’est écouter, surveiller et éventuellement intervenir. Ces équipages jouent un rôle essentiel sur cette épreuve transatlantique en solitaire à bord de bateaux de 6,50 m, c’est le filet de sécurité imposé par les règles de sécurité en mer françaises, c’est aussi un sacré rempart contre la solitude des marins. Et ce n’est surement pas un hasard si, sur les 7 skippers (2 skippers vont se relayer à Lanzarote) qui vont accompagner ces solitaires, 5 sont d’anciens ministes...

« C’est toujours un plaisir de revenir sur le circuit Mini. Dès que possible, je viens au départ la Mini Transat. Le danger, pour moi, de les suivre en mer, c’est que ça risque de me redonner envie de la refaire ! » s’amuse Richard Mérigeaux, coureur Mini pendant 10 ans (de 1997 à 2008), président de la Classe en 2001 et 2002, 2e de la Mini Transat en 2003 (et 19e en 1997) ; il va skipper K8, le mythique monocoque noir de Michel Malinovski.

Christian Bouroullec (vainqueur de la Mini Transat 1999, ministe de 1993 à 2003 et bien sûr constructeur des Pogo 1, 2 et 3), Bruno Croisel (12e de la Mini Transat 2005), Pierre Denjean (ministe depuis 2008, il n’a pas encore pu disputer la Mini Transat, mais il n’a pas dit son dernier mot !), Henri Gourmelon (18e de la Mini Transat 2003) seront les autres skippers anges gardiens issus de la grande communauté Mini.
N’oublions pas bien sûr les deux autres skippers, Ronan Jehanno et Emmanuel Lhuillier qui a déjà accompagné la Mini Transat en 2013.

Les 6 bateaux seront répartis tout du long de la flotte en fonction de leurs performances : le Class40 skippé par Pierre Denjean accompagnera le groupe de tête, le K8 patrouillera en 2e position, etc.

Richard Mérigeaux : « C’est important de bien connaitre le Mini et cette course, nous savons à quelle vitesse ils peuvent aller, quelle route ils sont le plus susceptibles de choisir… Nous les appelons tous, un par un, chaque jour, dans un créneau donné juste pour qu’ils nous donnent leur position. S’ils ont besoin nous parler, nous les rappelons après la période de vacation. Le fait de bien connaitre la course et ces bateaux peut aider à se mettre dans leur peau. »

Pierre Denjean : « Je suis sur le circuit depuis 2008, je les connais tous ! Et je crois qu’ils ne sont pas mécontents d’avoir, si besoin, affaire à quelqu’un qui est familier du circuit, de leurs bateaux et qui, accessoirement, a déjà vécu un démâtage… Côté moral, c’est plus facile de les rebooster quand on les connait, mais, parmi les bateaux de tête, ils n’en auront pas besoin ! »

Source : Mini Transat

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