Un phénomène de la course au large

  • Une course qui se court en solitaire et en solitude, sans contact avec la terre
  • Les Mini, plus petits bateaux de course au large : un espace de vie de 2m2
  • Un tremplin vers une carrière de skipper : paroles d’anciens

« Passe ta Mini, d’abord ». En vingt éditions, ils seront plus de 1200 solitaires à être passés par cette épreuve initiatique, qui pour beaucoup restera une expérience inoubliable. Certains ont continué leur route sur d’autres circuits Class40, Figaro, IMOCA ou multicoques de tous poils. D’autres sont retournés à leur vie d’avant. Mais tous le concèdent : la Mini les a transformés. Etude d’un phénomène.

Un parcours en solitude

A bord d’un Mini, les seuls liens que les coureurs ont avec l’extérieur sont la VHF, qui permet de communiquer avec d’autres bateaux dans un périmètre relativement restreint (environ 20km, une paille à l’échelle de l’océan) ainsi qu’un poste de radio BLU qui leur servira, une fois par jour, à récupérer le bulletin météo émis par la direction de course et le classement. Mais qui n’a jamais tenté de recevoir une émission de radio balloté dans un shaker humide, où les bruits parasites des poulies qui grincent et des vagues qui cognent la coque, couvrent aisément une voie crachotante, ne connaît pas les affres de la prise du bulletin en Mini.

Pour assurer la sécurité des 84 marins, sept bateaux accompagnateurs sont répartis dans la flotte. C’est par leur intermédiaire que la terre obtient des nouvelles des concurrents. Et en plus, ce dispositif bénéficie pour la première étape d’un soutien de poids avec la présence du PSP Cormoran de la Marine Nationale.

Mais pour les marins, la Mini Transat, c’est la quasi certitude de se retrouver coupé du monde pendant parfois trois, voire quatre ou cinq jours, dès lors que la flotte commence à s’éparpiller sur l‘Atlantique. Tous le disent : c’est un véritable cap psychologique qu’il faut franchir pour gagner ses galons. Beaucoup l’avouent : ils ont été plus d’un à « péter un plomb » avant de reprendre leurs esprits…

Voguez petits bolides

Petits bateaux, petits problèmes… Sur un Mini, il y a peu de problèmes techniques que l’on ne saurait résoudre, mais la taille de l’embarcation entraîne malgré tout un inconfort permanent, une plus grande vulnérabilité face au mauvais temps. Il suffit de voir les coureurs à l’arrivée d’une traversée transatlantique pour comprendre ce que peuvent endurer les solitaires. Pas de couchette confortable mais un duvet roulé en boule dans un coin de la cabine, pas de repas amoureusement mitonné, mais une nourriture roborative avalée sur le pouce le plus souvent, pas de véritable repos dans une humidité permanente.

Mais parfois, les conditions se conjuguent pour passer sans transition du purgatoire au paradis. Que le soleil vienne à briller, le vent à souffler de l’arrière et les vagues s’ordonner, la coque de noix se transforme en luge et dévale les pentes dans des surfs vertigineux. C’est pour ces moments-là que nombre de coureurs récidivent et reviennent deux ans plus tard, tenter l’aventure de la Mini Transat.

Une porte d’entrée

On ne saurait compter les grands noms de la course au large qui sont passés par la case Mini. Dès les premières éditions, on trouve des figures de la haute compétition comme Jean-Luc Van Den Heede ou bien Bruno Peyron. On citera pêle-mêle quelques habitués du Vendée Globe comme Roland Jourdain, Yves Parlier ou Bernard Stamm pour qui la Mini Transat fut une sorte de parcours initiatique. D’autres sont venus y chercher une aventure différente tels Michel Desjoyeaux ou Sébastien Josse. Plusieurs femmes ont trouvé dans la pratique du Mini, un espace à leur mesure qui marquera le début d’une belle carrière comme Isabelle Autissier, Sam Davies, Ellen Mac Arthur ou Isabelle Joschke… Alors qui sait ? Peut-être que parmi les candidats à l’aventure de cette Mini Transat 2015, se cache un des futurs grands noms de la course au large…